Les amulettes
Afin de se prémunir de leurs adversaires et de mettre leurs clients hors de portée de leurs intentions malignes, les sorciers font grand usages d'objets censés renfermer "une force magique" susceptible d'être un antidote à la malchance ou aux maléfices : les amulettes. Elles sont de nature diverse et les facultés qui leur sont accordées sont liées à leurs composants, étant entendu que plus ils sont rares, précieux et leur agencement complexe, plus elles ont de valeur, de "pouvoir".
Les pierres constituent le premier type de protection habituellement usitée. Porté en pendentif ou enfoui au fond des poches, l'ambre, le jade, l'obsidienne, l'améthyste ou le corail préserve du "mauvais œil". Le sel, qui empêche les corruptions, comme le rappelle son usage de conservateur des aliments, est une arme forte prisée pour s'abriter des "ondes négatives". Naissant de l'évaporation de l'eau, cette sorte de "feu cosmique" a la faculté de les dissoudre après les avoir absorbées.
D'où son usage intensif par les désenvoûteurs qui, comme madame XXX, et monsieur YYY, en apposent d'abondantes poignées aux seuils des demeures de leurs clients ou sur les chemins y conduisant.
"Avec ça, il est pas près de passer le bonhomme", déclare monsieur YYY car "ce petit feu de Dieu", comme le nomme madame XXX, est censé brûler les pieds de tout jeteur de sorts qui marcherait dessus.
Le règne végétal est aussi représenté dans les amulettes, lesquelles sont souvent de l'ordre du savoir populaire. Outre le traditionnel trèfle à quatre feuilles, deux feuilles de noyer collées en croix sont également une "petite protection qui ne coûte pas cher", comme le dit madame XXX. Il en est de même des branches de gui ou des rameaux de bois ou de laurier -généralement bénits le dimanche de la Passion, appelé dimanche des Rameaux- accrochés au-dessus des lits (ces plantes sont associées à l'immortalité car elles demeurent vertes).
Selon monsieur YYY, une simple croix faite de deux brindilles de coudrier (arbuste au x vertus paranormales car servant à confectionner les baguettes des sourciers) enduites de la cire d'un cierge de la Chandeleur (donc bénit) est également "un excellent capteur d'ondes négatives. Mettez ça dans votre chambre et vous pourrez dormir tranquille".
Associé au feu qui l'a fait naître et d'où il tire sa puissance par effet de contamination, le charbon de bois attire à lui les "radiations nocives". C'est pourquoi les sorciers l'exploitent abondamment pour protéger les demeures de leurs clients.
Par exemple, monsieur YYY en met en petits morceaux dans une assiette d'eau bénite, qu'il place sous la literie de ces clients, le liquide purificateur se gorgeant d'annuler définitivement les effets des "fluides errants". Monsieur YYY et madame XXX se servent aussi de ce complexe défensif, mais le renforcent en plantant des petites épingles dans chaque fraction du végétal. Selon eux, c'est plus efficace ainsi car "elles agissent comme des paratonnerres".
Par ailleurs, suivant le principe qui veut que "qui s'y frotte, s'y pique", par mimétisme, l'adversaire en éprouverait les effets s'il lui prenait l'envie de tourmenter ses victimes.
Les jeteurs de sorts étant censés "pomper l'énergie" de ceux qu'ils persécutent, l'ail dans la poche ou en tresse dans une habitation est également un classique pour s'opposer à ce transfert de "flux vital".
Les animaux n'échappent pas non plus à cette singulière utilisation. Selon monsieur YYY, un collier de dents d'ours ou de renard est une garantie efficace contre "le mauvais œil" et accrocher une queue de cet animal dans un poulailler est une excellente garde contre les visites intempestives et prédatrices de "Maître Goupil" et des belettes. Comme le pense monsieur YYY, porter en pendentif une dent de requin fossilisée est un bon moyen de se mettre à l'abri des "ondes négatives". Un collier d'os de taupe donne aussi ce résultat.
Ces amulettes tirent leur valeur d'un système de correspondance fondé sur des liens de sympathie ou d'antinomie entre leurs éléments et les périls qu'elles sont censées éloigner des humains. Dans cette optique, le semblable évoque le semblable mais peut aussi produire l'effet contraire.
Tout est donc affaire d'intention. C'est ainsi que dans les premiers cas, les dents d'un animal rejeté pour sa force -comme l'ours- sont censées conférer cette vertu à celui qui en possède ; dans le second cas, c'est parce qu'on estime que mettre en évidence des attributs de l'ennemi entrainera sa non-venue que l'on accroche une queue de renard dans un poulailler.
Mais il est d'autres protecteurs dont les vertus proviennent d'une symbolique d'ordre religieux. Outre les traditionnels cierges de la Chandeleur ou de la Nativité et les tisons des bûches de Noël et des feux de la Saint-Jean, les médailles sont d'un usage courant. Les plus répandues sont celles de saint Christophe (le saint patron des voyageurs), de saint Benoît (le créateur de l'ordre monastique des Bénédictins), de la Vierge et de Lourdes. La Main de Fatima -pourtant d'origine islamique- orne également de nombreux cous féminins, tout comme la "manofica".
Compte tenu de la place particulière de l'écriture dans le domaine du magique -en éternisant la parole elle acquiert une valeur quasi matérielle par le tracé qui fixe la force invoquée-, de nombreuses amulettes prennent la forme d'une feuille de papier sur laquelle est inscrite une formule conjuratoire.
Là encore, ces "prières" à porter sur soi (généralement dans un sachet de tissu ou de cuir) font la part belle à la liturgie catholique. Au premier rang de celles-ci se trouve le proto-évangile de saint Jean dont l'usage, à cette fin, est signalé dès la Renaissance par les théologiens.
La "prière à Marie" et celle dédiée à "la Sainte Vierge", sont également abondamment employées, tout comme "l'oraison à a sainte Croix".
La "puissance" intrinsèque du Verbe, l'efficience des amulettes écrites est souvent liée aux rites complémentaires qu'effectua à cette occasion la personne qui les confectionne.
Ainsi, madame XXX ne se contente pas de porter sur elle ou de distribuer à ses clients un simple bout de papier. A la prière de protection contre les ennemis "visibles et invisibles", elle avait adjoint un petit morceau d'angélique, quelques grains de sel bénit, une croix consacrée achetée à Lourdes et un petit aimant pour réguler son "flux énergétique". Le tout était enveloppé dans un bout de soie dont la couleur et le parfum correspondaient à son signe zodiacal.
Un fois cet étrange assemblage constitué, elle l'avait alors consacré en récitant une prière adéquate.
De même, le petit sachet de velours rouge qu'elle donna à un client contenait-il une médaille de saint Benoît enroulée dans "sa" prière, un morceau de cierge bénit à l'Ascension et une pincée de sel sanctifié.
Le liquide employé pour donner vie à la parole muette est parfois de nature à lui conférer un surcroît de "force". Par exemple, une formule protectrice utilisant "l'alphabet magique" était tracée sur un tissu blanc -donc pur- à l'aide du sang soutiré à sept colombes blanches.
Dans ce complexe symbolique, outre le nombre des animaux qui participent à son efficacité, nous pouvons relever que le sang, représentation de la vie qu'il s'agit de préserver, est celui du volatile emblématique de la paix, de l’espoir, du bonheur à retrouver.
Enfin, les sorciers peuvent confectionner des amulettes destinées à être ingurgitées, les filtres fonctionnent alors comme un médicament.
Les talismans
A la différence de l'amulette qui est supposée garantir son utilisateur des "mauvaises influences", le talisman n'est pas seulement un protecteur. C'est un objet de "pouvoir". En effet, la talismanie se veut être un trait d'union entre l'être humain et l'univers car elle repose sur l'idée que dans le monde tout se meurt selon des lois précises qui unissent par des liens de solidarité chacune de ses parties, de la plus petite (microcosme) à la plus grande (macrocosme).
Chaque chose étant alors soumise à l'influence des autres suivant des rapports d'opposition ou de similitude, l'homme peut capter ces influx en prenant possession de ses infimes composants.
Le talisman, qui est une représentation graphique de cet absolu et des forces qui le régissent et s'y affrontent, le rend concret par l'objet, donc manipulable.
Du fait de sa fonction, qui est de capter des "forces universelles" pour les mettre au service de son possesseur afin qu'il atteigne les buts qu'il s'est fixés, cet instrument est personnel et ne peut être utilisé par personne d'autre. C'est d'ailleurs pour cela qu'y figurent fréquemment les initiales de son bénéficiaire et des éléments planétaires qui lui correspondent, comme les couleurs, les parfums, les métaux, etc.
De ce fait, la réalisation d'un tel objet est très complexe car, outre l'inclusion de données astrologiques concernant son utilisateur, il doit être fabriqué en fonction des influx astraux qu'il doit saisir, lesquels donnent également lieu à des codifications très élaborées.
Par exemple, pour attirer les radiations de Vénus, il faut opérer le vendredi à 1 heure, 8 heures, 15 heures et 22 heures. La table de travail de l'officiant (qui doit être à jeun) doit être recouverte d'un linge vert, la médaille doit être gravée sur du cuivre rouge puis plongée dans le sang d'un animal associé à cet astre -une colombe. C'est également dans un bol contenant de la verveine qu'elle doit ensuite être immergée.
Comme le dit monsieur YYY, qui réalisa un talisman d'amour pour une cliente, "faire un talisman, c'est comme passer un pacte avec les énergies qui l'habitent". C'est pourquoi la valeur d'un tel outil dépend à la fois de la rectitude de son élaboration et de l'investissement de l'opérateur.
C'est bien parce que les sorciers pensent qu'il leur est possible de s'emparer de la force des "puissances cosmiques" qui interfèrent sur toutes choses pour en modifier le cours qu'ils agissent de cette façon. Pour mettre fin au déclin du restaurant d'un client, monsieur YYY entreprit ainsi d'assujettir les influx de Mercure sur une petite rondelle d'aluminium de quelques centimètres de diamètre.
Peu de temps après que le commerçant en eut pris possession, la clientèle commença à affluer dans son établissement et la prospérité se dessina. Naturellement, il attribua sa bonne fortune au savoir-faire de monsieur YYY, puisqu'il avait été recruté en fonction de compétences notoirement reconnues en la matière.
Comme le magique repose sur l'idée que toute action, et donc tout composant, est réversible, ce genre d'objet est donc aussi investi d'une dimension agressive que ne saurait négliger de prendre en compte toute personne ayant des velléités de s'opposer à ceux qui possèdent de telles armes.
C'est d'ailleurs bien parce que ce type de "bouclier magique" est susceptible d'occasionner un "choc en retour" à celui qui s'y heurte que les sorciers s'en confectionnent pour eux-mêmes ou pour leurs consultants;
Comme il estimait une de ses clientes menacée, le 10 Janvier (jour favorable aux entreprises magiques), monsieur YYY lui élabora une série de petits "pentacles" qu'elle devait enfouir à la date propice du 27 janvier aux quatre coins de sa maison, devant sa porte d'entrée et dans son oreiller. Monsieur YYY mit sa cliente à l'abri des éventuelles retombées négatives de son action en lui fournissant une "étoile de David".
Mais de telles manœuvres ne sont pas toujours suffisantes et il arrive que l'affaire "tourne mal" pour les clients des "Hommes du Don" et notamment ceux des jeteurs de sorts. Dans ce cas une "sorcellerie triangulaire" doit être entreprise.
LA SORCELLERIE TRIANGULAIRE
Considérant que la sorcellerie est un domaine où "les retours de flammes peuvent être imprévisibles", pour se protéger madame XXX met en œuvre -en sus des moyens précédemment évoqués- ce que les occultistes nomment "la sorcellerie triangulaire". Fondé sur la notion de transfert, le procédé consiste à détourner l'effet boomerang de l'opération magique qui manquerait sa cible sur une victime subsidiaire préalablement désignée.
Selon ce principe, qui s'apparente à celui du bouc émissaire, pour mener à bien sans trop de risques l'envoûtement du mari de sa cliente, elle choisit comme substitut d'elle-même le chien et le chat d'une voisine qu'elle détestait, leur ayant subtilisé à chacun une touffe de poils. Monsieur YYY procéda pareillement lorsqu'il fut appelé à attaquer le persécuteur des ses clients pour que cesse l'incroyable série de malheurs qui s'abattaient sur eux. Pour cela, c'est sur l'une de leurs vaches qu'il jeta son dévolu, une "vieille carne" qui en réchappa.
Enfin, monsieur YYY se sert de cette méthode pour "faire d'une pierre deux coups". Il emploie tout bonnement la photographie d'une personne sur laquelle il a "un travail en cours. Comme ça, en cas de pépin moi je suis couvert et l'autre -le désenvoûteur qu'il affronte- il fait le boulot pour moi".
Malgré les propos assurés de ce dernier interlocuteur, gardons-nous de penser que les tours que les "Homme du Don" jouent à leurs opposants sont faciles à réaliser.
D'après "La Sorcellerie en France aujourd'hui" de Dominique Camus, collection "Sociétés aujourd'hui" aux Éditons Ouest-France.
Afin de se prémunir de leurs adversaires et de mettre leurs clients hors de portée de leurs intentions malignes, les sorciers font grand usages d'objets censés renfermer "une force magique" susceptible d'être un antidote à la malchance ou aux maléfices : les amulettes. Elles sont de nature diverse et les facultés qui leur sont accordées sont liées à leurs composants, étant entendu que plus ils sont rares, précieux et leur agencement complexe, plus elles ont de valeur, de "pouvoir".
Les pierres constituent le premier type de protection habituellement usitée. Porté en pendentif ou enfoui au fond des poches, l'ambre, le jade, l'obsidienne, l'améthyste ou le corail préserve du "mauvais œil". Le sel, qui empêche les corruptions, comme le rappelle son usage de conservateur des aliments, est une arme forte prisée pour s'abriter des "ondes négatives". Naissant de l'évaporation de l'eau, cette sorte de "feu cosmique" a la faculté de les dissoudre après les avoir absorbées.
D'où son usage intensif par les désenvoûteurs qui, comme madame XXX, et monsieur YYY, en apposent d'abondantes poignées aux seuils des demeures de leurs clients ou sur les chemins y conduisant.
"Avec ça, il est pas près de passer le bonhomme", déclare monsieur YYY car "ce petit feu de Dieu", comme le nomme madame XXX, est censé brûler les pieds de tout jeteur de sorts qui marcherait dessus.
Le règne végétal est aussi représenté dans les amulettes, lesquelles sont souvent de l'ordre du savoir populaire. Outre le traditionnel trèfle à quatre feuilles, deux feuilles de noyer collées en croix sont également une "petite protection qui ne coûte pas cher", comme le dit madame XXX. Il en est de même des branches de gui ou des rameaux de bois ou de laurier -généralement bénits le dimanche de la Passion, appelé dimanche des Rameaux- accrochés au-dessus des lits (ces plantes sont associées à l'immortalité car elles demeurent vertes).
Selon monsieur YYY, une simple croix faite de deux brindilles de coudrier (arbuste au x vertus paranormales car servant à confectionner les baguettes des sourciers) enduites de la cire d'un cierge de la Chandeleur (donc bénit) est également "un excellent capteur d'ondes négatives. Mettez ça dans votre chambre et vous pourrez dormir tranquille".
Associé au feu qui l'a fait naître et d'où il tire sa puissance par effet de contamination, le charbon de bois attire à lui les "radiations nocives". C'est pourquoi les sorciers l'exploitent abondamment pour protéger les demeures de leurs clients.
Par exemple, monsieur YYY en met en petits morceaux dans une assiette d'eau bénite, qu'il place sous la literie de ces clients, le liquide purificateur se gorgeant d'annuler définitivement les effets des "fluides errants". Monsieur YYY et madame XXX se servent aussi de ce complexe défensif, mais le renforcent en plantant des petites épingles dans chaque fraction du végétal. Selon eux, c'est plus efficace ainsi car "elles agissent comme des paratonnerres".
Par ailleurs, suivant le principe qui veut que "qui s'y frotte, s'y pique", par mimétisme, l'adversaire en éprouverait les effets s'il lui prenait l'envie de tourmenter ses victimes.
Les jeteurs de sorts étant censés "pomper l'énergie" de ceux qu'ils persécutent, l'ail dans la poche ou en tresse dans une habitation est également un classique pour s'opposer à ce transfert de "flux vital".
Les animaux n'échappent pas non plus à cette singulière utilisation. Selon monsieur YYY, un collier de dents d'ours ou de renard est une garantie efficace contre "le mauvais œil" et accrocher une queue de cet animal dans un poulailler est une excellente garde contre les visites intempestives et prédatrices de "Maître Goupil" et des belettes. Comme le pense monsieur YYY, porter en pendentif une dent de requin fossilisée est un bon moyen de se mettre à l'abri des "ondes négatives". Un collier d'os de taupe donne aussi ce résultat.
Ces amulettes tirent leur valeur d'un système de correspondance fondé sur des liens de sympathie ou d'antinomie entre leurs éléments et les périls qu'elles sont censées éloigner des humains. Dans cette optique, le semblable évoque le semblable mais peut aussi produire l'effet contraire.
Tout est donc affaire d'intention. C'est ainsi que dans les premiers cas, les dents d'un animal rejeté pour sa force -comme l'ours- sont censées conférer cette vertu à celui qui en possède ; dans le second cas, c'est parce qu'on estime que mettre en évidence des attributs de l'ennemi entrainera sa non-venue que l'on accroche une queue de renard dans un poulailler.
Mais il est d'autres protecteurs dont les vertus proviennent d'une symbolique d'ordre religieux. Outre les traditionnels cierges de la Chandeleur ou de la Nativité et les tisons des bûches de Noël et des feux de la Saint-Jean, les médailles sont d'un usage courant. Les plus répandues sont celles de saint Christophe (le saint patron des voyageurs), de saint Benoît (le créateur de l'ordre monastique des Bénédictins), de la Vierge et de Lourdes. La Main de Fatima -pourtant d'origine islamique- orne également de nombreux cous féminins, tout comme la "manofica".
Compte tenu de la place particulière de l'écriture dans le domaine du magique -en éternisant la parole elle acquiert une valeur quasi matérielle par le tracé qui fixe la force invoquée-, de nombreuses amulettes prennent la forme d'une feuille de papier sur laquelle est inscrite une formule conjuratoire.
Là encore, ces "prières" à porter sur soi (généralement dans un sachet de tissu ou de cuir) font la part belle à la liturgie catholique. Au premier rang de celles-ci se trouve le proto-évangile de saint Jean dont l'usage, à cette fin, est signalé dès la Renaissance par les théologiens.
La "prière à Marie" et celle dédiée à "la Sainte Vierge", sont également abondamment employées, tout comme "l'oraison à a sainte Croix".
La "puissance" intrinsèque du Verbe, l'efficience des amulettes écrites est souvent liée aux rites complémentaires qu'effectua à cette occasion la personne qui les confectionne.
Ainsi, madame XXX ne se contente pas de porter sur elle ou de distribuer à ses clients un simple bout de papier. A la prière de protection contre les ennemis "visibles et invisibles", elle avait adjoint un petit morceau d'angélique, quelques grains de sel bénit, une croix consacrée achetée à Lourdes et un petit aimant pour réguler son "flux énergétique". Le tout était enveloppé dans un bout de soie dont la couleur et le parfum correspondaient à son signe zodiacal.
Un fois cet étrange assemblage constitué, elle l'avait alors consacré en récitant une prière adéquate.
De même, le petit sachet de velours rouge qu'elle donna à un client contenait-il une médaille de saint Benoît enroulée dans "sa" prière, un morceau de cierge bénit à l'Ascension et une pincée de sel sanctifié.
Le liquide employé pour donner vie à la parole muette est parfois de nature à lui conférer un surcroît de "force". Par exemple, une formule protectrice utilisant "l'alphabet magique" était tracée sur un tissu blanc -donc pur- à l'aide du sang soutiré à sept colombes blanches.
Dans ce complexe symbolique, outre le nombre des animaux qui participent à son efficacité, nous pouvons relever que le sang, représentation de la vie qu'il s'agit de préserver, est celui du volatile emblématique de la paix, de l’espoir, du bonheur à retrouver.
Enfin, les sorciers peuvent confectionner des amulettes destinées à être ingurgitées, les filtres fonctionnent alors comme un médicament.
Les talismans
A la différence de l'amulette qui est supposée garantir son utilisateur des "mauvaises influences", le talisman n'est pas seulement un protecteur. C'est un objet de "pouvoir". En effet, la talismanie se veut être un trait d'union entre l'être humain et l'univers car elle repose sur l'idée que dans le monde tout se meurt selon des lois précises qui unissent par des liens de solidarité chacune de ses parties, de la plus petite (microcosme) à la plus grande (macrocosme).
Chaque chose étant alors soumise à l'influence des autres suivant des rapports d'opposition ou de similitude, l'homme peut capter ces influx en prenant possession de ses infimes composants.
Le talisman, qui est une représentation graphique de cet absolu et des forces qui le régissent et s'y affrontent, le rend concret par l'objet, donc manipulable.
Du fait de sa fonction, qui est de capter des "forces universelles" pour les mettre au service de son possesseur afin qu'il atteigne les buts qu'il s'est fixés, cet instrument est personnel et ne peut être utilisé par personne d'autre. C'est d'ailleurs pour cela qu'y figurent fréquemment les initiales de son bénéficiaire et des éléments planétaires qui lui correspondent, comme les couleurs, les parfums, les métaux, etc.
De ce fait, la réalisation d'un tel objet est très complexe car, outre l'inclusion de données astrologiques concernant son utilisateur, il doit être fabriqué en fonction des influx astraux qu'il doit saisir, lesquels donnent également lieu à des codifications très élaborées.
Par exemple, pour attirer les radiations de Vénus, il faut opérer le vendredi à 1 heure, 8 heures, 15 heures et 22 heures. La table de travail de l'officiant (qui doit être à jeun) doit être recouverte d'un linge vert, la médaille doit être gravée sur du cuivre rouge puis plongée dans le sang d'un animal associé à cet astre -une colombe. C'est également dans un bol contenant de la verveine qu'elle doit ensuite être immergée.
Comme le dit monsieur YYY, qui réalisa un talisman d'amour pour une cliente, "faire un talisman, c'est comme passer un pacte avec les énergies qui l'habitent". C'est pourquoi la valeur d'un tel outil dépend à la fois de la rectitude de son élaboration et de l'investissement de l'opérateur.
C'est bien parce que les sorciers pensent qu'il leur est possible de s'emparer de la force des "puissances cosmiques" qui interfèrent sur toutes choses pour en modifier le cours qu'ils agissent de cette façon. Pour mettre fin au déclin du restaurant d'un client, monsieur YYY entreprit ainsi d'assujettir les influx de Mercure sur une petite rondelle d'aluminium de quelques centimètres de diamètre.
Peu de temps après que le commerçant en eut pris possession, la clientèle commença à affluer dans son établissement et la prospérité se dessina. Naturellement, il attribua sa bonne fortune au savoir-faire de monsieur YYY, puisqu'il avait été recruté en fonction de compétences notoirement reconnues en la matière.
Comme le magique repose sur l'idée que toute action, et donc tout composant, est réversible, ce genre d'objet est donc aussi investi d'une dimension agressive que ne saurait négliger de prendre en compte toute personne ayant des velléités de s'opposer à ceux qui possèdent de telles armes.
C'est d'ailleurs bien parce que ce type de "bouclier magique" est susceptible d'occasionner un "choc en retour" à celui qui s'y heurte que les sorciers s'en confectionnent pour eux-mêmes ou pour leurs consultants;
Comme il estimait une de ses clientes menacée, le 10 Janvier (jour favorable aux entreprises magiques), monsieur YYY lui élabora une série de petits "pentacles" qu'elle devait enfouir à la date propice du 27 janvier aux quatre coins de sa maison, devant sa porte d'entrée et dans son oreiller. Monsieur YYY mit sa cliente à l'abri des éventuelles retombées négatives de son action en lui fournissant une "étoile de David".
Mais de telles manœuvres ne sont pas toujours suffisantes et il arrive que l'affaire "tourne mal" pour les clients des "Hommes du Don" et notamment ceux des jeteurs de sorts. Dans ce cas une "sorcellerie triangulaire" doit être entreprise.
LA SORCELLERIE TRIANGULAIRE
Considérant que la sorcellerie est un domaine où "les retours de flammes peuvent être imprévisibles", pour se protéger madame XXX met en œuvre -en sus des moyens précédemment évoqués- ce que les occultistes nomment "la sorcellerie triangulaire". Fondé sur la notion de transfert, le procédé consiste à détourner l'effet boomerang de l'opération magique qui manquerait sa cible sur une victime subsidiaire préalablement désignée.
Selon ce principe, qui s'apparente à celui du bouc émissaire, pour mener à bien sans trop de risques l'envoûtement du mari de sa cliente, elle choisit comme substitut d'elle-même le chien et le chat d'une voisine qu'elle détestait, leur ayant subtilisé à chacun une touffe de poils. Monsieur YYY procéda pareillement lorsqu'il fut appelé à attaquer le persécuteur des ses clients pour que cesse l'incroyable série de malheurs qui s'abattaient sur eux. Pour cela, c'est sur l'une de leurs vaches qu'il jeta son dévolu, une "vieille carne" qui en réchappa.
Enfin, monsieur YYY se sert de cette méthode pour "faire d'une pierre deux coups". Il emploie tout bonnement la photographie d'une personne sur laquelle il a "un travail en cours. Comme ça, en cas de pépin moi je suis couvert et l'autre -le désenvoûteur qu'il affronte- il fait le boulot pour moi".
Malgré les propos assurés de ce dernier interlocuteur, gardons-nous de penser que les tours que les "Homme du Don" jouent à leurs opposants sont faciles à réaliser.
D'après "La Sorcellerie en France aujourd'hui" de Dominique Camus, collection "Sociétés aujourd'hui" aux Éditons Ouest-France.

