Les carrefours : Croix de bois et Croix de fer

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Posté le 12/06/2014 08:07:23
Croix de bois et Croix de fer





C’est une simple croix plantée à un carrefour. Droite comme un « i »sous les ombrages d’un vieux chêne, au milieu des herbes folles et des touffes d’asphodèles. On ne sait plus vraiment qui l’a dressée là un jour, ni quand, ni pourquoi. Elle fait partie du paysage, au même titre que la haie bocagère qui ourle le chemin de pierres, que les primevères qui poussent en avril dans le fossé bordant la route départementale, que les vaches qui paissent paisiblement au milieu des champs.

Ses bras servent de perchoir à moineaux, et sur son socle de briques rouges, les lézards viennent musarder au soleil de midi les beaux jours d’été.

À chaque ondée, les gouttes de pluie qui l’arrosent ressemblent à une bénédiction du ciel.

À son pied, dans un bocal à confiture, un bouquet de fougères et de fleurs des champs se fane tout doucement. C’est une simple croix des Mauges, comme il en existe tant et tant. Elles sont partout les croix des Mauges.

À chaque croisement, elles redessinent à la verticale l’intersection horizontale tracée sur le sol par les routes et les chemins.

Bien avant l’arrivée du Christianisme, les carrefours (du latin quadrifurcus ; quatre fourches) furent des endroits sacrés marqués du sceau de la divinité. On y honorait Hécate la déesse des forêts, de la lune, des nuits magiques, des ténèbres et des puissances occultes.

Hécate aux trois visages qui commandait aux fantômes, aux spectres et aux chimères. Hécate créatrice d’hallucinations. Hécate qui apparaissait aux sorcières sous la forme d’une louve, d’une chienne ou d’une jument. La Grèce antique plaçait toute jonction de trois routes sous l'influence de la déesse Hécate aux trois visages, tournés tant vers ses royaumes physiques (la mer, le ciel, la terre) que vers la lune et ses trois phases successives.

Symbole de l’inconnu, elle croisait la route du destin en se plantant aux carrefours, ces lieux-clés chargés d’un potentiel magico-religieux qui ouvrent les portes du monde et permettent de passer d’un univers à un autre comme on passe de vie à trépas.

Le carrefour était aussi le lieu maléfique du rendez-vous des sorcières qui y tenaient sabbat. C’était là également que se réunissaient les loups-garous, les farfadets et les revenants. Pour conclure un pacte avec le Diable, une vieille recette assure qu’il suffit de l’invoquer la nuit à un carrefour, tout en lui offrant une poule noire fraîchement saignée.

Il n’est donc pas étonnant que la religion chrétienne ait voulu exorciser ces lieux terrifiants en y dressant à son tour de bras des croix blanches dessinées au lait de chaux sur les murs des certaines fermes procèdent de la même intention ; se protéger contre les velléités du Malin.

Les carrefours étaient un lieu privilégié du culte antique. Les puissances protectrices se nommaient Triviae ou Quadriviae, suivant le nombre de chemin qui se rencontraient au croisement, et un petit oratoire abritait la statue d’une divinité.

La Provence est resté fidèle, à travers les siècles, à l’usage des oratoires que l’on s’est aperçu, en plein XXe siècle, qu’un de ces petits édifices conservait encore une statuette antique, celle de Priape, le dieu des jardins, que l’on vénérait sous le nom de saint Mitre.


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Posté le 29/06/2014 00:11:27
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